Utopie ou future réalité ? Votez, commentez…

Voici un regard très personnel sur l’Internet 1, 2 & 3. Votre avis m’intéresse.

Internet 1.0, une révolution inachevée

L’apparition d’Internet a fondamentalement changé notre quotidien. L’avènement du réseau des réseaux a participé, à mon sens, à deux principaux phénomènes interdépendants :

  • La quasi abolition des limites physiques imposées par le distance et le temps” : il est devenu, avec une simple connexion Internet, très simple de communiquer quelque soit l’heure et le lieu. Soit en temps réel (le chat par exemple) ou de manière asynchrone mais quasi instantanée (avec le mail, notamment). Il est donc aujourd’hui possible et facile d’entretenir des relations avec des personnes qui se trouvent à l’autre bout du monde ou dans le bureau d’à côté !
  • Le besoin de connaissance : nous avons tous, quelque que soit notre âge, besoin d’apprendre, de comprendre et de s’informer. Internet a été un formidable vecteur d’accélération et de facilitation dans la réponse à ce besoin. Il est en effet aujourd’hui très simple de consulter un site Web pour obtenir telle ou telle information sur un produit, un service, un procédé industriel, un éclairage sur une actualité, une définition d’un terme savant, une recette de cuisine…

Finalement Internet 1.0 n’a pas fondamentalement changé les choses, il a juste été un ingrédient “facilitateur” dans la transmission de la connaissance et dans la liberté (au sens large) de communiquer.

Internet 2.0, une vraie révolution !

Internet 1.0 n’a finalement été qu’une évolution technologique. A l’inverse, Internet 2.0 (ou le fameux “Web 2.0″) n’en n’est pas une du point de vue technique (comme beaucoup le pense), mais sociologique.

En effet, d’un point de vue purement technique le Web 2.0 n’a apporté qu’un peu de “maturité” à l’Internet grâce notamment à des débits plus importants (ADSL), des terminaux plus puissants et plus simples à utiliser (ordinateur, GSM…), une standardisation du code et surtout une simplification dans la mise en ligne de contenus. C’est essentiellement ce dernier point qui a donné naissance au fameux UGC (User Generated Content ou contenu généré par les utilisateurs). Il est en effet désormais offert à quiconque la possibilité de publier des contenus à l’aide de blogs ou “d’applications participatives”.

Mais la vraie révolution à mon sens (elle était déjà en gestation durant l’époque du Web 1.0) est la maturation des réseaux sociaux.

Selon Wikipédia, “un réseau social peut représenter simplement le fait que les gens sont liés entre eux et que cette réalité observable tend à s’organiser; à former une structure“. Rien de neuf, vous me direz. Nous avons tous nos propres réseaux sociaux : famille, amis, collaborateurs… La grand bouleversement se trouve en fait dans la dématérialisation des réseaux.

Il n’y a aujourd’hui plus aucune contraintes de temps et/ou d’espace à l’organisation et à la formation d’une structure sociale dématérialisée (je préfère utiliser ce terme plutôt que celui de virtuel. Un réseau social virtuel pourrait faire penser qu’il n’est pas d’existence, hors ce n’est absolument pas le cas).

Quelle est l’utilité d’un réseau social ? Il sert essentiellement à échanger, partager et communiquer. Que vous soyez avec votre famille, vos amis ou vos collaborateurs, vous échangerez vos opinions, vous partagerez vos valeurs, vous communiquerez vos connaissances.

A quoi sert un réseau social dématérialisé ? Strictement à la même chose : partager, communiquer, échanger. La seule différence, elle est de taille, se situe dans l’absence totale de limite structurelle à la formation d’un réseau et à son épanouissement (une sorte de virus sans antidote). La seule contrainte, qui tendra à disparaitre, est celle de la barrière de la langue.

Ainsi, l’action d’une personne derrière un ordinateur est accessible et sert à d’autres sans effort particulier. Que je bookmark dans mes marques-pages FireFox (Internet 1.0) ou que je le fasse sur Delicious (Internet 2.0) cela revient au même en temps passé, la différence se fera par contre au niveau de la visibilité. Dans le premier cas, je ne partage pas mes favoris ; dans le second, ils deviennent “sociaux” et donc partagés puisque quiconque peut y accéder.

Ce phénomène a provoqué un bouleversement dans nos espérances. En pleine “mondialisation” et face à la perte de repère, nous avons tous ressentit plus ou moins le besoin de se ré-ancrer sur des valeurs morales partagées et de trouver des “contres pouvoirs” à des institutions fonctionnelles qui devenaient de plus en plus holistiques (voir “totalitaires”) : “hyper États” (les institutions européennes par exemple), “hyper entreprises” (les multinationales), “hyper communication” (les groupes de presse), etc…

Face à ces “hyper-puissances”, nos réseaux sociaux dématérialisés nous ont rendu l’espoir que notre voix (multipliée par celles de dizaines, centaines, milliers d’autres personnes) serait enfin entendue et consisterait en une forme de contre pouvoir. Le “User generated content” devient “Powered content”. Enfin, participer, dans une société “mondialisée”, redevient utile et censé, parce qu’efficace ! C’est la fameuse “génération participation”, chère à thierry Maillet (voir à ce sujet son très bon bouquin : Génération participation).

C’est l’une des explications de l’engouement soudain pour les élections présidentielles françaises. Internet a en effet joué un rôle prépondérant pour s’informer et surtout participer. La voix que nous avons pu ainsi donner à travers nos blogs, vidéos et autres commentaires sur des sites d’actualités communautaires, s’est concrétisée en bulletin de vote les jours d’élection.

Le social computing a redonné du sens à nos actions participatives. Il ne s’agit donc pas d’un effet de mode.

Je possède une expertise quelconque, je peux la partager tout en sachant qu’elle servira. Je suis mécontent d’une entreprise et d’un produit, je le fais savoir tout en sachant que mon action sera relayée et produira très certainement des effets. Le “je” retrouve du sens dans un monde qui n’a plus de véritable frontière physique, parce qu’il n’est plus “individualiste”.

Ce besoin de participation n’est pas nouveau, le social computing lui a simplement redonné une efficacité et donc du sens.

Avant hier, je participais au sein de ma “tribu” (mon village, mon quartier, mon entreprise), c’était efficace.

Hier, ma participation était “étouffée”, “diluée” parce que ma voix ne valait pas celle du pouvoir des entreprises multinationales, des super états, des groupes de presse surpuissants – ma participation était devenue inefficace, donc inutile.

Aujourd’hui je participe au sein de communautés dématérialisées sur tel ou tel thème qui m’intéresse. L’effet viral et exponentiel de mon point de vue, de mon expertise, de mon “coup de gueule”… redonne une valeur non négligeable à ma participation.

Je suis d’ailleurs assez étonné qu’il n’existe pas encore un site social (type “digg”) de groupes de pression permettant aux internautes de s’inscrire et de participer à des actions de lobbying. Je vais me lancer dans la création d’un tel site – investisseurs bienvenus :)

Ce besoin participatif “retrouvé” a des implications non négligeables sur l’entreprise d’aujourd’hui. Je reviendrai très certainement sur ce thème lors d’un futur billet (vous pouvez toujours lire en attendant, la note suivante).

Dans tous les cas, les concepts marketing qui émergent actuellement (la prise en compte de l’egocasting, par exemple), me semblent assez “fumeux” dans la mesure où l’entreprise ne cherche qu’à récupérer un pouvoir “hégémonique” qu’elle est en train de perdre, en introduisant de manière assez hypocrite de soi-disantes actions de marketing participatif qui ont finalement plus vocation à faire du buzz qu’à prendre en considération les véritables aspirations des consommateurs.

L’après Web 2, une méta-révolution ?

Alors que la technique va continuer à progresser : l’ADSL sera remplacée par la fibre optique, les terminaux vont devenir de plus en plus puissants et faciles à utiliser, notamment pour les terminaux mobiles (l’iphone est probablement un début de réponse), nous assisterons à une sorte de convergence de tous les moyens d’accès à nos réseaux sociaux dématérialisés.

Le site Web “à la papa”, le blog, le site Web participatif, le monde virtuel, le jeu vidéo, la télévision, le téléphone portable… ne formeront plus qu’un tout non fragmenté. On parle d’ailleurs déjà de “MoSoSos” – acronyme qui signifie MobilesNote Social Softwares, c’est-à-dire littéralement : “les logiciels sociaux pour mobiles”.

Parallèlement, notre identité numérique continuera de progresser pour devenir véritablement utilisable. Il ne sera plus forcément nécessaire de créer un compte différent pour chacun des services que nous utiliserons (ce qui est le cas aujourd’hui et qui est à mon avis un véritable frein à l’interopérabilité entre différents services souvent complémentaires).

Cette identité numérique nous permettra de passer d’un monde virtuel à un autre, de réagir très facilement à un article de presse sur notre quotidien préféré, de participer à tels ou tels réseaux sociaux, etc.. Elle sera “couplée” à un avatar.

Il sera bien évidemment possible de posséder plusieurs avatars et donc plusieurs identités numériques. Chacune pouvant être adaptée à une situation particulière (travail, loisir, famille…). L’identité numérique pourra être temporaire (utilisable pour un événement particulier) ou au contraire constante dans le temps (l’un de mes avatars est par exemple reconnu dans la sphère du marketing et est considéré comme un expert dans cette sphère. Un réseau social va donc se créer autour de mon avatar qui répondra à des questions ou des problématiques qui me seront posées par d’autres avatars).

Finalement nous aurons plusieurs vies. Une vie linéaire que nous connaissons tous : naissance, enfance, adolescence, âge mur, troisième âge et décès. Une vie emprunte de matérialité avec ses réseaux sociaux traditionnels (famille, amis, collaborateurs…). Parallèlement à cela, nous mènerons d’autres vies fragmentées et totalement dématérialisées, illimitées par le temps et l’espace, et qui auront une justification uniquement par le sens que nous leur donnerons.

C’est ici où la notion d’expertise au sens large est importante à garder à l’esprit. Nous sommes tous des experts en “quelque chose” (musiques, dessin, technologie, tricotage…).

Nous souhaiterons partager nos passions et nous rencontrerons forcément un “public” puisque les limites matérielles n’existeront plus. Cette expertise pourra d’ailleurs s’exprimer sur une période très courte. Je suis témoin d’un événement exceptionnel et je peux en témoigner face au monde entier via mon ou mes identités numériques. Nos identités numériques deviendront en quelque sorte des médias à part entière.

Nous qui avons connu l’analogique avant le numérique, nous aurons forcément beaucoup de difficultés à donner un réel sens à ces réseaux sociaux. Nous chercherons toujours à les transposer et les comparer à nos réseaux sociaux traditionnels. Combien d’entres nous, ayant fait un tour sur Second Life, sommes revenus en nous disant : “c’est totalement futile” ?

Nous chercherons ou nous aurons tout du moins l’espoir, par exemple, de rencontrer en chair et en os, les personnes avec qui nous avons des relations numériques (c’est sur ce paradigme que Meetic à construit son succès;-) Il nous est donc très difficile de donner du sens à des choses totalement virtuelles ou immatérielles.

Il n’en sera pas de même pour les plus jeunes qui n’auront connu que le numérique. Ils donneront sans difficulté un réel sens à leurs identités numériques.

Nous pouvons très bien imaginer que passionnées de musique, plusieurs personnes se regroupent virtuellement pour fonder un groupe et jouer ensemble sur Second Life. Ceux qui ont déjà joué dans un groupe connaissent la difficulté d’animer ce genre de loisir (l’un est absent, les voisins gueulent parce que la batterie fait du boucan, l’autre a oublié ses partitions…). Un groupe “dématérialisé” serait pour le coup beaucoup plus facile à animer car il n’y aura presque plus de contrainte de temps et d’espace. Ce réseau social “groupe de musique” vivrait pour ce qu’il est : permettre de jouer de la musique dans un groupe dont l’organisation serait beaucoup plus simple. Je pourrais ainsi fonder mon petit groupe et jouer virtuellement avec un italien à la batterie, un anglais au piano, un marocain à la guitare. Mon petit groupe rencontrerait d’autres avatars et deviendrait populaire, il a son petit public ;-) Je ne rencontrerai pas pour autant “physiquement” les autres membres du groupe. Ceci ne m’empêchera pas d’avoir de réelles relations amicales avec eux et du plaisir à les retrouver virtuellement à chaque réunion du groupe.

Ceci est bien évidemment de la prospective. Mais si nous regardons de plus près ce qui se passe réellement aujourd’hui, nous nous apercevons qu’il y a déjà un marché pour les objets virtuels (des fleurs par exemple !). Face à ce phénomène, beaucoup de gens pensent qu’il s’agit d’une énième perversion de notre société de consommation, alors qu’il s’agit en fait de la conséquence d’actions immatérielles produisant des faits bien réels (actes d’achats – plaisir). Mon avatar achète un bouquet de fleurs virtuelles, parce qu’il s’agit tout simplement d’un service qui donne un sens – le plaisir d’offrir des fleurs – et donc une existence à mon identité numérique. Je vous invite d’ailleurs à lire l’excellent article de Susan Wu à ce sujet.

Il en va de même lorsque j’adhère à un réseau social dématérialisé. Si ma participation était totalement stérile, je ne perdrai pas de temps à y participer. Si ma participation produit des effets bien réels : partage de connaissance, divertissement, diffusion de mon opinion sur tel ou tel sujet… je continuerai à participer.

La grande révolution future sera donc une segmentation de nos vies ! En parallèle à notre vie “linéaire et physiologique”, nous animerons des vies “immatérielles” en leur donnant du sens. Nous aurons donc bien plusieurs vies :)

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